Comment les ados adoptés s’identifient-ils à leur pays d’adoption?

Une recherche faite en 1995 par madame Ginette Morrier nous permet de voir comment les jeunes ados adoptés s’identifient à leur société d’adoption. L’identité a été classée selon trois types: l’identité assimilatrice, l’identité biculturelle et l’identité internationale.

Identité assimilatrice

Il s’agit de la stratégie la plus utilisée. L’ado adopté s’identifie à la société d’adoption. Il accepte bien sa race. Il ne la considère pas primordiale dans la définition de soi. Il lui arrive d’oublier qu’il est différent. Le jeune développe une faible identité d’origine ethnique. Selon la recherche de madame Morrier, 65% des jeunes Québécois adoptés interrogés appartenaient à ce groupe.

Les jeunes se sentent Québécois ou Canadien en raison de leur ressemblance avec leur milieu. Ils mangent, pensent, parlent et s’habillent québécois ou canadien. Ils sont bien intégrés.

Certains ont de la difficulté avec leur couleur car ils sentent la pression de la société à vouloir les définir autrement. Ils persistent quand même à vouloir appartenir à ce groupe. Certains ont souhaité être blancs un certain temps mais ils sont maintenant fiers de leur différence raciale.

Ces jeunes ne sont pas à l’aise avec les gens de leur communauté d’origine car ils ne se sentent pas reliés à ce groupe.

C’est là que la presque totalité des Asiatiques adoptés se situe. À part leurs yeux bridés, la société les voient blancs et eux, par le même fait, se voient ainsi. La couleur de la peau, quoique
parfois plus sombre que la majorité, passe inaperçue.

Leur communauté d’origine est bien vue. Leurs résultats scolaires sont souvent attribués à leur origine. L’image de grâce entourant les petites filles les aide à bien s’intégrer et à se faire accepter. La majorité d’entre eux, subit des moqueries mais la recherche ne rapporte rien de bien méchant.

Puisqu’ils sont mieux acceptés de la majorité, les Asiatiques ont moins tendance à penser à leur identité ethnique. Il est facile pour eux d’oublier qu’ils sont d’origine asiatique.

Une recherche américaine datant de 1989 révèle que 53% des ados asiatiques souhaitaient être blancs.1 Il y a un danger à penser être une personne que l’on n’est pas. C’est le défi que devront relever les parents adoptants des enfants d’origine asiatique.

L’identité biculturelle

Vingt-cinq pour cent des ados adoptés se sont identifiés à ce groupe. Ils sentent qu’ils appartiennent à deux mondes, celui de leur adoption et celui avec lequel ils partagent des ressemblances physiques.2

Les Noirs choisissent presque tous cette option. Une insatisfaction des rapports avec le groupe majoritaire et un sentiment de rejet seraient à l’origine de ce choix.3 Ils rencontrent plus d’obstacles à leur intégration.

La communauté d’origine haïtienne est celle qui subit le plus de préjudices et de rejet.4 Outre les préjugés favorables comme leur excellence dans les sports, on associe souvent les gens de race noire à la paresse intellectuelle, la violence et la délinquance.

Alors que leur race est dévalorisée par le groupe majoritaire, le jeune la renforce pour lui redonner de la valeur. Ce sont parmi les Noirs, que l’identité à la couleur est la plus répandue. Ils sont fiers de leur couleur et prennent la défense des Noirs.

L’identité internationale

Pour 10% des ados adoptés, c’est la personne qui compte.5 Ils fréquentent toutes les races sans distinction. Ils sont membres du monde et ne se sentent pas appartenir à un groupe en particulier. Ils se perçoivent comme des agents de la paix venus réduire le racisme. Ils vivent un inconfort face à leur race et travaillent pour faire accepter leurs différences. Peut-être sont-ils encore en quête d’identité?

Il est difficile pour l’ado adopté de race différente de la majorité de la société, de ne pas se remettre en question sur son identité. La logique veut que le jeune qui vive ici, adopte les valeurs d’ici et se perçoive comme membre de la société à part entière

La majorité de nos jeunes a une identité ethnique beaucoup moins prononcée que les enfants adoptés par des parents de même race. Malgré ce fait, plus de 75% des ados se sentent bien dans leur peau et par rapport à leurs origines.6

Ils sont bien adaptés à leur milieu. Ils se considèrent, pour la plupart, comme membres de la communauté d’adoption. Et n’est-ce pas ce que nous voulions pour eux, une bonne intégration sociale?


1 Morrier, Ginette. Les stratégies identitaires des adolescents de l’adoption internationale appartenant à deux groupes racisés. Page 36.

2 Ouellette, Françoise-Romaine. L’intégration familiale et sociale. Page 121.

3 Morrier, Ginette. Les stratégies identitaires des adolescents de l’adoption internationale
appartenant à deux groupes racisés. Page

4 Morrier, Ginette. Les stratégies identitaires des adolescents de l’adoption internationale
appartenant à deux groupes racisés. Page 42.

5 Morrier, Ginette. Les stratégies identitaires des adolescents de l’adoption internationale appartenant à deux groupes racisés. Page

6 Cohen et Westhues. L’adoption internationale au Canada. Page 164.