La descendance oubliée par la loi 113

Par Lucie Bourdeau, auteur du livre Les retrouvailles en adoption, une quête de soi

C’est après de nombreuses tentatives d’ouverture des dossiers d’adoption que finalement un changement de loi touchant les informations identificatoires est arrivé au Québec. Ce changement était attendu depuis les années 70!  50 ans à attendre et à espérer une ouverture!

Le plus gros gain obtenu par ce changement est selon moi l’accessibilité au nom d’adoption de la personne adoptée décédée et celui de la mère d’origine décédée 1 an suite à leur décès par l’autre parti. Malheureusement, ce changement arrive trop tard pour plusieurs. La loi 113 qui devait démontrer de l’ouverture face aux dossiers d’adoption a oublié que le temps avait passé et ne permet pas à la descendance des personnes adoptées et des mères d’origine décédées d’obtenir de l’information.

Avec tout le temps écoulé pour ouvrir les dossiers, la majorité des personnes adoptées concernées par ce changement sont maintenant âgées de 50 ans et plus. Ce ne sont plus des enfants adoptées comme on veut encore si bien les présenter mais des adultes de maturité incontestable. Il y a des gens de 80 ans qui désirent toujours connaitre leur origine avant qu’il ne soit trop tard. L’urgence d’obtenir une réponse rapidement est bien présente. Plusieurs mères d’origine sont décédées et malheureusement, plusieurs personnes adoptées également. Avec les années, leur nombre ne fera qu’augmenter.

En raison de ce long délai pour ouvrir les dossiers, on se retrouve donc avec une nouvelle situation, La descendance des mères d’origine et des personnes adoptées décédées qui souhaitent obtenir de l’information que leurs parents n’ont pu obtenir. Les raisons qui les motivent sont variées mais semblables à celle de leur parents. Elles souhaitent connaitre leurs racines. Elles souhaitent également poursuivre la démarche si importante de leur parent décédé. Elles souhaitent connaitre ou transmettre des informations à cette famille qu’elles n’ont pas connue.

Malheureusement, la loi stipule que seules les personnes adoptées et les mères d’origine peuvent faire une demande. La descendance des personnes adoptées n’a donc aucun moyen d’obtenir de l’information sur ses origines. Il y a une ouverture pour la fratrie de la personne adoptée que je discuterai dans un autre article.

Au Manitoba, dans les cas de décès, la descendance peut obtenir de l’information non identificatoire et peut s’inscrire pour vivre des retrouvailles avec des membres de la famille d’origine. En Alberta, on permet à la descendance des personnes adoptées décédées d’obtenir de l’information. La Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick permettent à la descendance des mères d’origine et des personnes adoptées décédées d’obtenir des informations. Pourquoi pas le Québec?

Le Québec a été l’une des dernières provinces à modifier sa loi sur les adoptions. Il aurait pu tirer davantage profit de ce qui s’était fait dans les autres provinces. Il y avait plusieurs modèles existants, des résultats d’étude et des recommandations disponibles. Le Québec avait la chance de présenter une loi plus complète sur la divulgation d’information en adoption.

Un amendement à la loi 113 serait souhaitable si on ne veut pas qu’une autre génération se retrouve avec un vide originel comme leurs parents l’ont été. Permettre à la descendance des personnes adoptées et celle des mères d’origine d’obtenir de l’information un an après leur décès pourrait être possible.

Pour cela, les personnes concernées doivent se faire entendre. Un mouvement sur Facebook s’est installé pour rassembler les personnes désireuses d’obtenir de l’information qui ne peuvent le faire faute de ne pouvoir faire une demande. Deux groupes existent, Les oublié(e)s de la loi 113 et loi113 exclusion des dossiers d’adoption de personnes décédées. Un ralliement des voix est souhaitable pour espérer un changement.