Le sens de l’adoption dans la vie de l’adolescent

Il y a des périodes dans la vie où l’intérêt pour les origines augmente. La pré-adolescence en est une. C’est à cette période que l’adolescent prend conscience du lien biologique qui unit les individus les uns aux autres, de génération en génération.

Cet intérêt face aux origines est stimulé par la quête d’identité. Selon la théorie du développement
du psychanalyste d’Erikson , trois composantes entrent dans le développement de l’identité :

  1. « Un sentiment d’unité intérieure qui intègre l’agir en un tout cohérent.»1

  2. «L’interaction avec les personnes importantes du milieu qui le guide.»2

  3. «Le sentiment de continuité temporelle reliant le passé, le présent et le futur.»3

Cette dernière touche particulièrement les origines. Le jeune a conscience de passer à travers
une trajectoire de vie qui a un sens. C’est sur cette dernière composante que nous nous attarderons. En raison du néant concernant ses origines, l’ado adopté, comparativement aux adolescents non adoptés, vit sa crise d’adolescence de façon plus existentielle.

Le sens de la vie chez l’adolescent adopté

Tous les êtres humains s’intéressent au début des choses. On se donne des modèles pour ne pas penser au vide. On a qu’à penser à tous ces chercheurs qui tentent de retracer le début du monde, de l’univers. Que dire de toutes les religions qui apportent leur réponse à la création du monde, au sens de la vie et de la mort. Pensez, par exemple, aux gens qui ont perdu un être cher par le suicide. Comme il leur est difficile de vivre avec le pourquoi, le manque de réponse à leur question? L’adopté s’intéresse non seulement au pourquoi et au comment du début du monde mais aussi à son propre
début, à ses origines.

Plusieurs adolescents sont concernés par le cycle de la vie. Pour eux, ce cycle n’est pas complet, puisqu’il n’y a pas un sens de continuité. Comment peuvent-ils penser au futur quand il n’existe
pas de rattachement au passé? Ils se demandent comment ils peuvent exister, comment leur vie peut-elle
avoir un sens quand elle a débuté de façon inconnue? Pour certains, il est difficile d’envisager l’avenir puisqu’il n’y a pas de lien tangible avec le passé. Comment peut-on dire qui l’on est quand
on ne sait pas d’où l’on vient? Les ados ont envie de vérifier s’ils existent vraiment. Il est important pour eux d’avoir un début et un recommencement.

Comment vivre avec ce manque?

Plusieurs jeunes interprètent ce manque de façon imagée. Cela leur permet de donner un certain sens à ce qu’ils vivent. Par exemple, les uns diront que leur vie est comme un casse-tête incomplet. Difficile de se faire une idée de l’image quand il manque des morceaux. Cela entraîne frustration, colère et peine. Les autres imagineront leur vie comme le maillon d’une chaîne. Malheureusement, le maillon est seul, il manque le début de la chaîne. Comme il manque le début, comment peut-il y avoir des maillons à la suite de ce dernier? D’autres encore verront leur vie comme un livre que l’on débute
à mi-parcours ou comme une marionnette sans fil. D’autres diront que la vie continue mais que quelque part, ils se sont arrêtés pour trouver leurs racines. Comment un arbre sans racine peut-il donner des fruits?

Ce ne sont pas toutes les personnes adoptées qui voudront ou pourront retrouver leurs racines. Par contre, elles doivent toutes apprendre à composer avec cette réalité, ce manque. Ces métaphores permettent de donner un certain sens au manque. Elles aident l’ado à se forger une identité. Il réussit ainsi à se réconcilier avec son passé et à l’intégrer, l’accepter pour ce qu’il est. Il peut, dès lors, aller de l’avant. Certains vivent plus durement cette étape. Il est difficile d’abandonner la sécurité de l’imaginaire, qui est souvent très forte chez les personnes adoptées, pour accepter la réalité qui est parfois plus difficile à digérer. Difficile d’accepter d’être un livre dont le début
ne comporte pas d’histoire.

Tâche difficile pour quelques-uns!

Il semblerait que les jeunes ayant été adoptés plus tardivement se poseraient plus de questions que ceux ayant été adoptés en bas âge. Ce serait dû à leur plus grand bagage de souvenirs. Ils ont plus de «ménage» à faire.

Quelques ados vivront des difficultés scolaires durant cette période. Il est en effet très difficile
d’intégrer de la nouvelle matière alors que toute l’attention se porte sur des questions existentielles. La tête est déjà pleine!

Ce retour aux origines est tout à fait légitime et ne met pas en cause l’attachement aux parents adoptifs. Il s’agit d’un processus tout à fait normal. Il n’est pas non plus attribuable à une mauvaise adaptation. C’est une partie intégrante de la formation de l’identité.4


1 Cloutier, Richard, Psychologie de l’adolescent, page 180.

2 Cloutier, Richard, Psychologie de l’adolescent, page 180.

3 Cloutier, Richard, Psychologie de l’adolescent, page 180.

4 Ouellette, Françoise Romaine. L’intégration familiales et sociale. Page 107