Lenteur et lourdeur du système pour traiter les demandes sous la loi 113

Par Lucie Bourdeau

Depuis juin 2018, une première partie de l’application de la loi 113 est entrée en vigueur, cette première partie permet aux personnes adoptées dont les parents d’origine sont décédés depuis plus d’un an d’obtenir : ses prénoms et noms d’origine, ceux de ses parents et les renseignements lui permettant de prendre contact avec ces derniers. (art. 583)

Une centrale a été créée pour offrir ce service. En 4 mois, plus de 16,000 demandes/appels ont été faites à ce centre. Déjà les délais sont trop longs et la grogne est installée chez plusieurs  personnes adoptées. Ceux qui reçoivent des informations ne reçoivent pas tout ce que la loi leur a promis mais simplement un nom et un prénom. Que se passe-t-il?

Tout d’abord disons que le gros problème est qu’il n’y a que 8 intervenants pour traiter cet océan de demandes. Qu’est- ce que le gouvernement a pensé en allouant si peu d’effectifs? Avant  l’entrée en vigueur de la loi, le gouvernement avait mentionné à un certain moment vouloir allouer 15 intervenants de plus pour pallier à la demande. Ce nombre  aurait tout juste suffit pour aider les CJ avec les demandes déjà en cours avec l’ancienne loi. Allez imaginer 8! Et ne me dites pas qu’ils n’avaient pas vu cela venir!

Je plains ces pauvres intervenants qui ont du s’embarquer dans le projet avec enthousiasme, motivation et passion  et qui se retrouvent noyés par les demandes, confrontés à des plaintes et étant à la merci de la rentrée de données pour offrir leur service. Ils perdent parfois patience j’entends? Même si ce n’est pas acceptable je ne peux qu’imaginer la pression qu’ils vivent. J’ose espérer que la formation qui leur a été offerte a été suffisante et j’espère pour eux que l’aide viendra et que la structure mis en place changera.

Deuxièmement, l’information qui a circulé et qui continue de circuler pour informer les gens n’est toujours pas suffisante, ni claire. Ou allez? Quoi remplir? Ou trouver les formulaires? Est-ce le  temps de… Qu’est-ce que ça veut dire? La confusion règne dans le public. La centrale doit certainement recevoir de nombreux appels pour offrir de l’information et recevoir les vetos. Non seulement la centrale est débordée mais les CJ doivent recevoir bien des appels eux aussi.  Je suis certaine qu’il n’y a pas que  les personnes ayant déjà fait une demande par le passé et qui ont appris le décès de leur mère d’origine qui font une demande  actuellement.

Le troisième facteur expliquant la lenteur et la lourdeur du service est la centralisation du service pour répondre aux demandes. Vous pensez qu’il s’agit d’un petit clic sur l’ordi pour obtenir les informations? Détrompez-vous. Les dossiers d’adoption ne sont pas numérisés et ils sont dans chaque CJ répartir aux quatre coins du Québec. Pour obtenir les informations que vous recevez, la centrale doit faire une demande au CJ ou se trouve votre dossier. A-t-on prévu du personnel de plus dans les CJ pour répondre à cette demande ou a-t-on espéré que l’intervenant déjà débordé ajoute cela a sa charge habituelle?

Pourquoi n’avoir pas utilisé la centrale strictement pour les vétos et l’information ? Pourquoi n’a-t-on pas simplement offert plus d’intervenants par région et profiter de l’expérience déjà en place? Les dossiers sont là, tout près.

Le gouvernement avait dit avant l’entrée en vigueur de la loi vouloir offrir aux intervenants en retrouvailles, un accès partiel à la banque de données de la RAMQ pour accélérer les recherches de localisation et pour confirmer la date du décès. Est-ce que cela a été fait? Si non, nous voilà encore avec un autre formulaire à remplir et un délai de quelques semaines de plus. Et si ça fonctionne encore comme ça, a-t-on alloué des budgets à la RAMQ pour que les réponses reviennent plus rapidement à  la centrale? Vous pensiez qu’il s’agissait d’un petit clic sur l’ordi pour localiser une personne et voir sa date de décès?  Bien non!

Malgré tout cela, j’ose encore croire que le gouvernement et ses dirigeants sauront ajuster le tir pour la prochaine vague de juin 2019. La centralisation ne semble pas répondre à la situation. Peut-être serait-elle bonne si elle se limitait à la gestion des vetos et à l’information? Il serait peut-être préférable de laisser les régions s’occuper des demandes comme cela a toujours été le cas. L’idée de centraliser les dossiers d’adoption et les services ne date pas d’hier. Profiter de l’ouverture éminente des dossiers ne me semble pas un bon timing, déjà que la lenteur et la lourdeur sont déjà installées. On voit bien ce qui se passe.  L’expertise est dans les CJ, les dossiers sont en région. De plus, les CJ gardent la responsabilité de soutenir les personnes adoptées et les mères d’origine qui en ressentent le besoin. Ce travail doit se faire en région.

Ce qui m’attriste le plus dans tout cela, c’est que ce sont à nouveau les personnes adoptées qui attendent encore et encore. Cette ouverture était attendue depuis près de 50 ans! Et même si on parle encore trop souvent d’enfants adoptés dans les médias, les personnes adoptées concernées par ce changement sont âgées en grande majorité de plus de 50 ans! Certaines personnes ont dépassé le cap des 70 ans.  Peut-on leur offrir le plus rapidement possible accès à leur identité, leur pleine identité, pas juste un nom et un prénom mais à toute information qui les aidera à localiser des membres de leur famille d’origine ou le cimetière ou leur mère d’origine a été enterrée avant qu’il ne soit trop tard pour eux?