L’estime de soi de l’adolescent adopté

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Selon trois recherches consultées, les adolescents adoptés auraient une estime de soi comparable à celles des ados non adoptés, voire même supérieure.1 Seulement 10% auraient une faible estime de soi.2

Chez les filles, l’estime de soi est fortement influencée par la façon dont elles sont perçues par leurs pairs. Chez les garçons, la  classe sociale semble être la variable la plus importante. Ils se perçoivent mieux s’ils proviennent d’un milieu aisé.3

À l’adolescence, les filles sont plus nombreuses que les garçons à avoir des problèmes d’identité et d’estime de soi. Cependant tout se replace à l’âge adulte. Peut-être est-ce en raison de l’importance du physique qui, en vieillissant, occupe une part plus normale?

«La conscience que l’individu a de sa propre valeur est fonction de la considération de ceux qui
comptent à ses yeux.»

L’adoption internationale au Canada. p.125

On ne le dira jamais assez, l’estime de soi est grandement reliée à l’image que l’enfant se fait de lui-même. Et cette image, il la voit surtout à travers les yeux de ses parents. L’intérêt que lui portent ses parents est très important. Beaucoup d’amour et surtout une bonne discipline et de la cohérence sont nécessaires.

La haute estime de soi de l’ado adoptés’explique par le fait que les parents feraient beaucoup plus pour leurs enfants que la moyenne des gens. On peut supposer que désirer un enfant si longtemps, l’attendre également longtemps, renforce le désir de s’investir à fond dans le rôle parental.

D’une part, il faut se rappeler aussi que lors de l’évaluation psychosociale, les parents se sont fait dire qu’ils étaient aptes à devenir de bons parents. La pression pour le demeurer est omniprésente.

D’autre part, dans la plupart des familles adoptives, la situation économique et sociale et le niveau d’éducation sont relativement plus élevés que la moyenne. Ce milieu et ce niveau d’éducation favoriseraient également la haute estime de soi.

Le prédicateur par excellence serait la qualité des relations familiales. Le sentiment d’appartenance à la famille est un facteur important. L’enfant qui se sent aimé et accepté pour ce qu’il est, a plus de chance de se considérer une bonne personne.

L’importance de l’identité ethnique

Un autre facteur très influent est l’identité raciale. Parler à l’enfant de ses origines, de sa race et de sa culture est important.

D’après la recherche de madame Ginette Morrier effectuée auprès d’adolescents québécois d’origine haïtienne et chinoise, l’identité ethnique est un facteur déterminant de l’estime de soi. Lorsque l’identité ethnique est claire chez un jeune et qu’il l’accepte, il a une plus forte estime de lui-même et de meilleures relations avec ses pairs.4

Il semble que les familles qui ne mettent pas l’accent sur l’identité ethnique d’un enfant mais qui n’ignorent pas pour autant sa culture et ses origines, ne nuisent pas à l’estime de soi.

Il s’agit donc de bien doser, d’être fier de la race et des origines de l’enfant mais de ne pas nécessairement le pousser à s’identifier à son groupe d’origine s’il n’en manifeste pas le désir. Il faut être à l’écoute de ses besoins.

Une façon de démontrer que vous appréciez sa race et sa culture d’origine est de lui faire connaître et faire fréquenter des gens de son milieu d’origine. Attention, ce peut être un couteau à deux tranchants. Trop pousser l’enfant vers ses origines alors qu’il ne le souhaite pas, peut le faire se
sentir différent et penser qu’il n’a pas sa place dans le groupe majoritaire.

Le regard porté sur les parents d’origine est également important. Si l’ado perçoit sa mère d’origine comme une bonne personne, il a de fortes chances de se percevoir, lui aussi, comme une bonne personne, puisqu’il partage un bagage génétique avec cette mère.

Le cercle d’amis compte également beaucoup. L’ado est-il bien entouré ? Est-il bien intégré au milieu scolaire? Ses relations avec les pairs lui renvoient-elles une image d’acceptation ou de rejet?

Dangers à surveiller

Malgré les résultats positifs, il y a des situations propres à l’adoption qui peuvent nuire à l’estime
de soi. Il ne faut pas les perdre de vue.

  1. Vivre le racisme amène le jeune à se dévaloriser.
  2. Se sentir incomplet en raison d’un manque d’informations sur ses origines. Avoir à répéter qu’il ne sait rien de ses origines à qui veut l’entendre devient aliénant. Son image du roman familial peut lui avoir donné l’impression de ne rien valoir, de ne pas avoir été désiré, d’être non aimable.
  3. Se sentir à part du clan familial de par sa différence raciale ou de son statut d’enfant adopté.

1 Cohen, Ms W Joyce S. Anne Westhues, dsw. L’adoption internationale au Canada. Page 125.

2 Bagley, Christopher. International and transracial adoptions. Page 125.

3 Cohen, Ms W Joyce S. Anne Westhues, dsw.L’adoption internationale au Canada. Page 118.

4 Morrier, Ginette. Les stratégies identitaires des adolescents de l’adoption internationale appartenant à deux groupes racisés. Page 35