L’identité des jeunes adoptés en période d’adolescence

« Dans le jardin de ta vie, tu fais pousser des parties qui viennent de ce que nous, tes parents adoptifs, t’avons apporté. Des parties qui viennent de tes parents d’origine, d’autres où tu as trouvé les graines ailleurs, dans d’autres sources d’influence et d’autres encore où tu as fabriqué les graines tout seul.»

J.Y. Hatez, Un jour l’adoption, éd. Fleurus, 1988

Chaque étape de la vie apporte de nouveaux défis. À l’adolescence, c’est la pleine quête identitaire. L’adolescent doit répondre à la question «Qui suis-je?». Durant cette période, l’ado se distancie de ses parents dans le but de découvrir sa propre identité. Il est à la recherche de son autonomie physique, intellectuelle et affective. Il remettra en question les valeurs jusqu’alors transmises par ses parents afin de les adopter ou les rejeter.

Durant l’adolescence, le jeune développe l’aspect cognitif (la pensée abstraite, la réflexion). C’est ce qui lui permet de faire tout ce travail en remettant en question la moralité, la philosophie, le sens de la vie, de sa vie…

Pour la grande majorité des adolescents adoptés et ceux non adoptés, la période de l’adolescence se passe relativement bien, sans grandes embûches. Plus de 80% y arrivent sans grandes difficultés.1

Seulement une minorité d’ados vit des difficultés. Dans leurs cas, une difficulté ne surient généralement pas seule. Il s’agit souvent d’un enchaînement de problèmes. Par exemple, le jeune qui vit des problèmes d’estime de soi et des difficultés scolaires, peut se lier d’amitié avec des groupes peu recommandables. Cela peut l’entraîner à «foxer» les cours et à décrocher. Son groupe peut lui faire commettre des délits et fuir ses problèmes en consommant de la drogue. C’est cette dynamique qui nous présente souvent l’adolescence comme une période de crise plutôt que de croissance vers l’autonomie. C’est également de là que découle l’image négative que nous avons des ados alors que la grande majorité vit bien ce passage.

Qu’en est-il chez les ados adoptés?

Les résultats de recherche sur le sujet sont partagés. La crise d’adolescence est-elle plus intense chez les adolescents adoptés? On s’entend tous pour dire qu’il y a plus d’enjeux à régler. En raison de cette surcharge, certains disent que l’adolescence se veut un amplificateur des conflits vécus durant cette période. Elle est plus longue et plus difficile. Elle serait également plus douloureuse sur le plan psychique.2 Certains notent qu’elle survient plus tardivement que chez les enfants vivant dans leur famille d’origine.3

Ne sous-estimez pas vos jeunes, ils sont pleinement capables de passer à travers cette étape. Il n’y a pas de raison de croire qu’un ado adopté, vivant dans un contexte favorable, ne puisse bien développer son identité.

La tâche identitaire est plus complexe chez les ados adoptés. En plus des problèmes courants de l’adolescence, ils doivent composer avec d’autres enjeux tous aussi importants si non plus et qui augmentent le travail identitaire de l’ado. Le psychanalyste Erikson a identifié des tâches identitaires propres aux adolescents adoptés:4

  1. Mieux comprendre ce que l’adoption signifie dans sa vie.
  2. Se forger une identité propre.
  3. Se forger une identité raciale et culturelle.
  4. Accepter les différences physiques d’avec les membres de sa famille.
  5. Résoudre le roman familial.
  6. Vivre et accepter le phénomène d’abandon.
  7. Envisager la possibilité de retrouvailles ou d’un voyage dans le pays d’origine.

Le jeune doit arriver à mieux comprendre ses origines et la signification de l’adoption dans sa vie. Il doit accepter ses différences et apprendre à bien s’en accommoder. Le phénomène
d’abandon et la double identité doivent être reconnus.


1 Cloutier, . Psychologie de l’adolescent.

2 Secrétariat à l’adoption internationale. Colloque adoption 1994. Page 227.

3 Ouellette, Françoise Romaine. L’intégration familiales et sociale. Page 105.

4 Brodzinsky, Ph.D. David, Schechter, M.D. Marshall, Robin Marantz Henig, Being adopted. Page 16.