Un véto d’information qui oublie l’histoire médicale

Par Lucie Bourdeau, auteur du livre’Les retrouvailles en adoption, une quête de soi’

La loi 113 permet aux mères qui ne voudraient divulguer leur identité de le faire par le biais d’un véto sur l’information. Ce droit est reconnu par toutes les provinces qui ont modifié leur loi.

Il y a plusieurs raisons expliquant pourquoi une mère d’origine ne voudrait pas sortir du secret. Ce dernier est ce qui  leur a permis de reprendre une place dans la société de l’époque et éviter le rejet. Sortir de l’ombre après y avoir vécu presque toute sa vie n’est pas facile. Même si les temps ont changés, les peurs subsistent et le mécanisme de protection est bien en place. Il faut quand même dire que la majorité des mères ose sortir de l’ombre. 8 femmes sur 10 disaient oui du temps où j’ai complété des retrouvailles.

Pour celles qui n’osent pas sortir de l’ombre, sachez que le véto que vous poserez,  pourra être retiré si vous le désirez. J’aimerais vous dire que ce n’est pas facile de se départir d’une armure qui vous a protégés de si longues années et que ça prend beaucoup de courage. J’ajouterais que toutes les femmes qui ont osé sortir de l’ombre se sont senties libérées, un poids de moins sur les épaules. Il n’est jamais trop tard. De nombreux témoignages en ligne en font foi.

J’aurais aimé que le formulaire de véto alloue un espace pour vous entendre. Un espace ou vous auriez pu écrire un petit mot à cette personne que vous avez portée,  les raisons de votre refus par exemple. Ce petit mot aurait pu mettre au baume sur la blessure que vivra la personne adoptée qui n’aura pas le bonheur de vous connaitre.

Ce petit mot aurait aussi pu être d’ordre médical. Ces informations sont tellement précieuses vous n’avez pas idée. C’est tellement naturel pour tout le monde que vous ne pouvez imaginer devoir répéter au médecin la même rengaine, ‘je ne sais rien, je suis adopté’. Partagez votre histoire médicale n’aurait rien divulgué sur votre identité pour vous retracer mais aurait pu  sauver des vies ou assurer une meilleure prévention. Un seul article nous permet d’obtenir de l’information médicale, l’article 584. Cet article le permet seulement lorsque le médecin conclut qu’un préjudice risque d’être causé à la santé de la personne adoptée en étant privé de renseignements qu’elle a besoin. Si on passe par le médecin, on ne connaitra pas votre identité mais le processus risque d’être long et sans garanti.

Le Manitoba offre la possibilité aux personnes qui inscrivent un véto d’information d’écrire un petit mot à  l’attention du demandeur. Le Québec n’a pas prévu d’espace sur le formulaire. J’ose croire qu’une correction de ce genre pourrait se faire rapidement et facilement. Nous pourrions alors mieux vous comprendre et connaitre notre histoire médicale.