Vivre et accepter le phénomène d’abandon

Les problèmes liés aux adolescents adoptés sont liés à la perte de l’attachement avec la mère
biologique.1

La douleur de cette séparation serait inscrite dans l’inconscient. C’est ce qui affecterait le plus les adolescents.2

Cette perte est difficilement exprimable. Elle est moins reconnue par la société que la perte d’un être cher lors d’un deuil ou d’un divorce. Pourtant, cette perte est une dimension très importante de la vie intérieure de l’adopté. L’enfant doit vivre le deuil de sa mère biologique, de ce que sa vie aurait pu être.

Cet abandon est vécu avec plus de douleur en raison du manque d’explication concernant les origines et les causes de cette séparation. Il est souvent moins douloureux de savoir que de vivre
dans l’ignorance, même si la vérité est difficile à entendre.

Les blessures du passé

Pour devenir un adulte complet, l’adolescent devra se réconcilier avec son passé, avec lui-même et être capable de poser un regard positif sur sa vie. Il devra également pardonner. Pour ce faire, il devra travailler le rejet primal afin d’en arriver à pardonner et à ne pas blâmer ses parents (biologiques et adoptifs). L’adolescent doit quitter le rêve et les fantasmes du roman familial pour accepter sa vie telle qu’elle est.

L’abandon conjugué au quotidien

À l’adolescence, le phénomène de l’abandon est réactivé afin que le jeune puisse travailler cette situation. Ce phénomène entraîne à nouveau la crainte d’être rejeté. Chez certains ados, tout se passe dans le calme. Chez d’autres, on assiste à des situations pour le moins particulières.

Certains ados ont tellement peur du rejet, qu’ils nous donneront l’impression de tout faire pour
le provoquer. Ils cherchent à savoir s’ils peuvent s’éloigner sans que le lien ne se brise. Ils se servent de cette attitude pour tester leurs parents, tester les liens qui les rattachent. Des phrases comme «T’es même pas ma vraie mère!» ne sont pas rares.

D’autres ont peur de s’affirmer de crainte de ne plus être aimés de leurs parents. Ils ont peur d’être rejetés s’ils ne pensent pas comme eux. Ils ont peur de blesser leurs parents s’ils viennent
qu’à se révolter ou à démontrer qu’ils sont différents d’eux. C’est ce qu’on appelle le conflit de
loyauté. Ils seront totalement loyaux même si en dedans ça brasse.

Il n’est pas rare de voir des adolescents inquiets à l’idée de quitter le nid familial. Ils ont peur de revivre une perte en s’éloignant de leurs parents. Ceux qui souhaitent quitter la région pour étudier, seront très nerveux face à cette idée. Ils peuvent aller jusqu’à vivre des difficultés scolaires dans un but inavoué de ne plus aller à une école éloignée. Certains mettront en
veilleuse leur rêve de faire carrière dans un domaine, faute de formation dans leur région.

Soyez à l’écoute de votre jeune afin de pouvoir le rassurer par votre présence, même s’il étudie à l’extérieur de la ville.

Chez les adoptés ayant eu des difficultés d’attachement, l’idée de quitter le nid familial plus tôt est, pour eux, une solution qui leur procure un grand soulagement. Ils ne vivent plus la tension des attentes familiales auxquelles ils se sentent incapables de répondre.

Certains ados adoptés connaissent un retard affectif dû aux blessures et perturbations de leur
vie. Ils vieillissent plus tardivement et atteignent l’autonomie affective plus tard dans leur vie. Il
faut donc savoir leur donner plus de temps pour voler de leurs propres ailes.

Vécu d’abandon chez le parent

Pour certains parents, le désir d’autonomie de leur jeune peut être vécu comme un abandon. Ils ont, eux aussi, peur d’être abandonnés, peur de perdre leur enfant. Le lien qu’ils ont avec l’ado n’en est pas un biologique et cela peut les amener à se questionner sur la force du lien émotif qu’ils ont tissé avec l’ado. «Le processus de séparation peut être ressenti comme une remise en cause de leur lien.»3

Si cette peur l’habite, l’ado pourra trouver difficile de s’épanouir comme il le devrait. Soyez donc également à l’écoute de vos peurs!


1 Bagley, Christopher. International and transracial adoptions. Page 57.

2 Ouellette, Françoise-Romaine. L’intégration familiale et sociale. Page 14.

3 WWW.construire.ch/SOMMAIRE/0039/39doss1.html Adoption : le cap dificile de l’adolescence, page 2